Idiotie [Fantasmagories n° 2]

100_1599I.D.I.O.T.

« Idiot, n’as tu pas vu que le jour s’était levé ? »

Celui qui était ainsi apostrophé en était resté effaré. Non qu’il n’eut jamais essuyé d’insulte. C’était son lot. Il y était habitué. Il eut même frisé le désespoir si les autres, brusquement, avaient cessé de l’en abreuver.

Mais qu’on lui parlât de jour, voilà qui, chez lui, ne pouvait qu’être source d’effarement ! Qu’était ce donc que cette fantaisie de lui parler de jour, avec une intonation qui pouvait laisser supposer à un étranger peu averti qu’était naturel tout autant l’existence du jour que sa propre ignorance de cela.

Il en était convaincu, il n’était pas bête. Pas plus bête que ce fantasque qui se prenait pour un brouillard, pas plus que l’excentrique du bout de la rue qu’un petit cri d’oiseau mettait dans des états proches d’une extase lubrique. Pas davantage que cette mutine qui n’aimait rien d’autre au monde que des cailloux, informes, sans forme, difformes, cela lui était indifférent ; de quelque couleur qu’ils soient, elle n’avait cure.

Bref, tout son être lui soufflait qu’il n’était pas bête, même sans comparaison. Et il avait cette faiblesse des gens de son tempérament de croire son être. Absolument. Religieusement, s’il avait songé à avoir religion. Brutalement, parce qu’il se sentait monter des fureurs à la seule idée qu’on put douter de son être qui était son absolu.

Il l’avait donc cru lorsqu’il lui avait soufflé aussi que le jour n’existait pas, parce que la terre existait, et qu’aussi le bleu, l’arbrisseau, le cheveu gris de la voisine, le sourire des éléphants, la colère injustifiée des vents du nord, la tourmente de la crique. Mais pas le jour, qui n’avait ni consistance, ni raison d’être, ni philosophie d’aucune sorte ! Ah, insistait son être, comment pourrait être une existence philosophiquement absente ? hein hein, insistait-il !!!
C’est ainsi que l’apostrophé rencontra la perplexité pour la première fois, juste après l’effarement.
Parce qu’enfin, si le jour n’existait pas, pourquoi l’a-t-on traité d’idiot ?

JFAK

[POST-SCRIPTUM : Ne vous avais-je pas dit que ces histoires étaient sans queue ni tête ?]

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