WAR AND PEACE ! De Sélassié à Marley : musique au poing

[ 6 octobre 1963. Organisation des Nations-Unies. Assemblée générale. Prenait la parole Sa Majesté Haïlé Sélassié I, Empereur d’Éthiopie, pays qui, rappelons-le, fut le seul d’Afrique à n’avoir jamais été colonisé, et seul membre africain en son temps de la Société des Nations (ce qui a pu le prémunir contre des ambitions conquérantes : voir par exemple l’épisode de l’agression italienne de 1936). Le discours de 1963 fut partiellement repris en musique par Bob Marley à travers le morceau « War ». Peu de mots. Et l’essentiel ]

AINSI CHANTA BOB MARLEY

AINSI PARLA HAÏLÉ SÉLASSIÉ AVANT BOB [traduction libre]

Hailé Sélassié I - 1936 - tribune de l'Assemblée de la SDN
Hailé Sélassié I – 1936 – tribune de l’Assemblée de la SDN

« Tant que la philosophie qui tient une race pour supérieure et une autre inférieure ne sera pas discréditée et abandonnée définitivement ;

Tant qu’existeront dans une même Nation des citoyens de première classe et des citoyens de seconde classe ;

Tant qu’il sera donné davantage de signification à la couleur de la peau d’un homme et à la couleur de ses yeux ;

Tant que les droits fondamentaux de l’homme ne seront pas également garantis également à tous, sans distinction de race ;

En attendant ce jour, le rêve d’une paix durable, d’une citoyenneté mondiale et du règne de la moralité internationale ne sera jamais qu’une fuyante illusion, poursuivie mais jamais atteinte.

Et tant que les tristes et ignobles régimes qui maintiennent nos frères d’Angola, du Mozambique et d’Afrique du Sud
dans des chaînes inhumaines ne seront pas renversés et détruits ;

Tant que l’hypocrisie, les préjugés et les intérêts personnels n’auront pas été remplacés par la compréhension, la tolérance et la bonne volonté,

Tant que tous les Africains ne seront pas debout, et qu’ils ne parleront pas en tant qu’êtres libres, égaux aux yeux de tous les hommes comme ils le sont aux yeux du ciel,

Tant que ce jour ne sera pas arrivé, le continent africain ne connaîtra pas la paix.

Nous les Africains nous nous battrons, si c’est nécessaire, et nous savons que nous vaincrons, car nous avons confiance en la victoire du bien sur le mal.

La base de la discrimination raciale et du colonialisme a toujours été économique, et c’est avec des armes économiques que nous avons déjà surmonté certains de ces maux et que nous en viendrons à bout.

A la suite de résolutions adoptées à la conférence au sommet d’Addis Abeba, les états africains ont pris plusieurs mesures économiques qui, si elles étaient adoptées par tous les états membres des Nations unies, changeraient rapidement l’intransigeance en raison.

Je demande aujourd’hui que chaque Nation ici représentée qui est véritablement dévouée aux principes énoncés dans la charte adhère à ces mesures.

Nous devons agir tant qu’il en est temps, tant que se présente l’occasion d’exercer ces pressions légitimes, de crainte que le temps ne s’épuise et ne nous pousse à recourir à des procédés moins heureux.

En ces temps modernes, les grandes nations de ce monde feraient bien de se rappeler que même leur propre sort n’est pas entièrement entre leurs mains. La paix réclame les efforts unis de chacun de nous. Qui peut prédire quelle étincelle pourrait mettre le feu aux poudres ?

Pour chacun d’entre nous, l’enjeu est le même : la vie ou la mort. Nous souhaitons tous vivre. Nous cherchons tous un monde où les hommes seraient libérés des fardeaux de l’ignorance, de la pauvreté, de la faim et de la maladie.

Et, si la catastrophe devait survenir, nous serions tous pressés d’échapper à une pluie nucléaire mortelle. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont tous, à parts égales, sans précédent. Ils n’ont pas d’équivalent dans l’expérience humaine.

Les hommes cherchent des précédents et des solutions dans les pages de l’histoire, mais il n’y en a aucun. Ceci est donc le défi suprême. Où allons-nous chercher notre survie, les réponses à des questions qui n’ont encore jamais été posées ?

Nous devons tout d’abord nous tourner vers le Dieu Tout-puissant qui a élevé l’homme au-dessus des animaux et l’a doté d’intelligence et de raison.

Nous devons avoir foi en Lui, qu’Il ne nous abandonne pas ou qu’Il nous permette de détruire l’humanité qu’Il a créée à son image. Et nous devons regarder en nous-mêmes, jusque dans les profondeurs de nos âmes.

Nous devons devenir ce que nous n’avons jamais été, ce à quoi notre éducation, notre expérience et notre environnement nous a très mal préparé.

Nous devons être plus grands que ce que nous avons été : plus courageux, à l’esprit plus large, au regard plus ouvert.

Nous devons devenir les membres d’une nouvelle race, dépasser nos préjugés insignifiants et nous soumettre à la fidélité ultime que nous devons non pas aux nations, mais à nos semblables les hommes au sein de la communauté humaine. »

AINSI CHANTE-T-ON ENCORE DE PAR LE MONDE : « MUSIC FOR CHANGE »

JFAK

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