2014 : Une étape importante du partenariat Afrique-Union européenne ?

Partenariat-UEUN QUATRIÈME SOMMET : BRUXELLES 2-3 AVRIL 2014

Les 2 et 3 avril s’est tenu à Bruxelles, au siège des institutions de l’Union européenne, un sommet Afrique-Union européenne. C’est le 4e du genre, après ceux du Caire (en 2000), de Lisbonne (en 2007) et de Tripoli (en 2010). Le thème retenu : « Investir dans les personnes, la prospérité et la paix ». L’ambition pour ce sommet : amorcer un nouvel esprit du partenariat, fondé sur l’égalité des parties. Les sujets abordés sont des plus divers, en sorte qu’on pourrait parler d’un partenariat global :

  1. paix et sécurité;
  2. gouvernance démocratique et droits de l’homme;
  3. commerce, intégration régionale et infrastructures;
  4. objectifs du Millénaire pour le développement (OMD);
  5. énergie;
  6. changement climatique et environnement;
  7. migrations, mobilité et emploi;
  8. science, société de l’information et espace.

COMPRENDRE LES ENJEUX

Ce sommet sera sans doute suivi d’un certain nombre de réalisations, de programmes et projets financés, ce qui n’est pas négligeable. De la même manière que les précédentes réunions ont donné lieu à des engagements dont une partie a été réalisée.

Mais on ne saurait en rester à une simple comptabilité des financements. Du reste, cette comptabilité là, comme toutes les constructions de chiffres, serait à manier avec circonspection : tout n’est pas « aide » au sens du don, et les « contributions » – obligées – de l’Afrique en nature ne se trouvent pas dans les statistiques.

Plus important me parait être de comprendre les ressorts de cette relation. Trois propositions simples à ce propos.

  • Ce « partenariat » n’est pas une nouveauté, autrement dit il ne marque nullement le début des relations entre l’Europe et l’Afrique. Ces rapports, sous la forme qu’on leur connaît aujourd’hui, existent depuis les indépendances (début des années 1960) et ont été formalisés dans plusieurs accords internationaux successifs, la dernière en date étantl’Accord de Cotonou (pour l’histoire de ces relations, lire notre article Accords Union europenne – Afrique Caraibes Pacifique). Mieux encore, le cadre fixé par l’Accord de Cotonou demeure. Le « partenariat » est donc censé venir en « complément ».
  • Le « partenariat » n’est pas institutionnalisé. Il ne repose pas sur un accord international en bonne et due forme. Il n’a pas ses institutions : les sommets dont a été question précédemment sont des réunions diplomatiques, non des institutions. Il n’y a donc pas ici de Conseil des ministres, d’Assemblée parlementaire, etc.
  • Le « partenariat » n’est pas instauré entre des entités de même nature et de même importance. Côté européen, il y a une organisation, l’Union européenne, qui porte les intérêts de ses Etats membres et des peuples européens. Cette organisation est une force économique indéniable, qui est la résultante de son caractère économiquement intégré : marché unique, monnaie unique (l’euro), politiques communes (en matière d’agriculture, de commerce, de transports, d’aide au développement etc.). Côté Afrique, il y a l’Union africaine, cantonnée à une position de figurante dès lors qu’elle n’a pas qualité, comme l’Union européenne, à représenter les intérêts des Etats et peuples africains. Côté Afrique il y a donc surtout les Etats. Ce sont eux les partenaires de l’Union. L’image est alors frappante : Europe Unie, spécialement sur le front économique / Afrique fragmentée, et donc fragilisée.
  • Les actions menées au titre du partenariat ne sont pas définies dans une délibération de l’ensemble des partenaires, mais dans un tête à tête entre l’Union européenne et chaque Etat africain, et la décision sur le principe du financement des programmes et les montants à engager appartient à l’Union européenne seule.

Le partenariat, c’est aussi une suite de questions lancinantes, qui se rapportent à la nature de cette relation et aux principes qui la soutiennent :

  • Quel intérêt à sortir ainsi, en mettant en place ce partenariat, de la logique des accords de Cotonou, et pour faire quoi ?
  • N’est-il pas à tout le moins curieux que ne soit affirmée qu’en 2014 la volonté de mettre en place un partenariat entre égaux, lorsqu’on sait que l’égalité souveraine des États est depuis longtemps un des principes cardinaux du droit international et que les accords Europe / Afrique-Caraïbes-Pacifique affirmaient déjà fortement ce principe dès les années d’indépendance africaine ?
  • Serait-ce à dire que ce principe n’a jamais été opératoire (et on sait bien qu’il ne l’a pas été); mais alors qu’est-ce qui garantit qu’il en sera autrement à l’avenir ?

A ceux qui veulent bien y réfléchir, les éléments qui suivent peuvent permettre d’apporter un éclairage, et peut-être quelques éléments de réponse aux questions posées.

Bon visionnage, bonne navigation et bonne lecture !

POUR ALLER PLUS LOIN

Sites internet

Conclusions (clôture) du Sommet de Bruxelles, 3 avril 2014. Conférence de presse conjointe : Mme Nkosazana Dlamini Zuma, Présidente de la Commission de l’Union africaine ; M. Mohamed Ould Abdel Aziz, Président en exercice de l’Union africaine ; M. Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen ; José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne.

Débat sur les relations Afrique-UE en marge du Sommet : par Jean-François Akandji-Kombé, Ibrahim El Ali et Alfred Shango.

 

2 réflexions sur “2014 : Une étape importante du partenariat Afrique-Union européenne ?

  1. Débat très intéressant grâce à des éditorialistes pertinents. L’Afrique change, le continent a choisi la chemin de la résilience, le regard que nous portions sur nous (par voie de conséquence devenu celui porté à l’extérieur) était celui de ce malade chronique sous perfusion incapable de développer des anticorps indispensables afin de combattre ces maux qui le ronge.
    Les derniers chiffres du PIB du Nigéria attestent de ces bouleversements, le pays devient la première puissance économique de la région détrônant ainsi l’Afrique du Sud. Cette nouvelle assurance étonne mais est bien réelle, elle sonne aussi la fin de cet éternel huis clos entre la jeune Afrique et la vieille Europe, sans être crédule il nous faut nous interroger sur le rôle joué par l’intrusion massive de l’Empire du Milieu…
    L’essentiel des grands chantiers à mener est ici abordé, malheureusement la durée des débats nous laisse sur notre faim! Notamment sur la brûlante question des APE. Merci pour les informations partagées à ce sujet, loin d’être une experte je pense toutefois qu’il serait catastrophique de se laisser séduire par ces accords, vous l’avez expliqué, l’Afrique doit en premier lieu développer des échanges au sein de son espace, il y a là un grand potentiel qui demande à être exploité.
    Je n’appelle pas de mes vœux mais j’exhorte les dirigeants africains à renoncer. Je crois qu’il faut prendre le temps d’un verre de vin de palme et se mettre au travail afin que le panafricanisme ne soit plus une chimère.

    Aimé par 1 personne

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