Considérable ! Tout peuple est considérable… [par Akendengué]

Pierre-Akendengue[ ÉCLAIREUR DE CONSCIENCES. Akendengué fait partie des grands maîtres de la musique africaine contemporaine, et cela depuis bientôt quatre décennies. C’est au Gabon que Pierre Akendengue est né et qu’il a été initié aux musiques et aux fêtes des villages, aux sons de la forêt, qui depuis ont marqué son itinéraire musical. Mais c’est en France, à la fin des années 60, qu’il professionnalise ce qu’il considère comme étant sa raison d’être: l’art de la musique. (…) Conteur et guerrier, sociologue et poète à la fois, Akendengue combine les genres. La poésie de ses textes, ses métaphores subtiles, ses mélodies légères d’apparence faciles, font qu’Akendengue s’impose comme un artiste hors pair, de ceux qui éclairent les consciences au-delà des frontières…. Je vous propose ici un de ses saisissants textes et une de ses plus fortes chansons. En savoir plus sur Pierre Akendengué ]

CONSIDÉRABLE [écouter en lisant]

Petit par les centimètres, grand par les sentiments : il s’appelait Powè.

Il aimait chanter : « Ah ! que le monde est méchant, mais que Dieu est grand ! ».

Mais chaque fois qu’il chantait, il tombait des gouttes d’eau.

Les Hommes en ont eu marre, l’ont chassé du village.

Powè s’en est allé, le cœur gros, loin de son pays…

Considérable !

Il prit congé de la chouette, qui s’arracha les cheveux de douleur.

S’embarqua dans son bateau, mu par un moteur en bois du pays.

Il croisa les hommes léopards, qui se nourrissent de sang, se curent les dents, assis sur des bancs de sable en bois pendant que les femmes chassent hippopotames et crocodiles dans le pays…

Considérable !

Et pour la première fois, il arriva dans la ville du pays.

C’était un jour de marché, il vit beaucoup de gens marcher, marchander.

« Cadeau y en a, cadeau y en a, y a bon »

Et chacun de remplir son panier, d’un peu de pollution, d’un petit peu d’indigestion, d’un peu d’aliénation et taxation du pays…

Considérable !

Sur ce, sonna l’angélus, en même temps que le canon, un vieux canon.

Tous les enfants du pays, comme un seul, se mirent au pas en plein marché.

« Toute religion sert une politique ! »

Ces quelques mots à peine lancés, Powè fut emmené, à plat ventre sur le dos, par les mercenaires du pays, qui l’enfermèrent au cachot…

Considérable ! Considérable !

Et derrière les barreaux, Powè se mit à chanter, il tomba beaucoup d’eau.

Craignant une inondation, le geôlier supplia Powè de passer la frontière.

Et de frontières en frontières, Powè remarqua qu’à chacune de nos frontières arbitraires, une armée de mercenaires s’entraîne en chuchotant le nom de sa prochaine victime : quelqu’un que nous savons épris de paix et de liberté. La liberté…

Un pays ami-ami remarqua que Powè avait de bons reflexes.

L’engagea comme tirailleur, mais dès lors que l’on tire par reflexe ;

Il tombe toujours quelque chose. Parfois des gouttes d’eau. Parfois un peu de sang. Un jour ce furent des gouttes d’eau mêlées de sang d’innocents…

Considérable !

Grand par les sentiments, lassé de tirer ailleurs, le tirailleur ;

Powè pensa que la situation nécessitait qu’il revint tirer chez nous.

« Vivre sans vivre la libération de mon pays, ce n’est pas digne de moi ! »

Mais ces quelques mots à peine pensés, Powè sera pendu.

Tout le peuple s’assembla Place de l’indépendance, autour de la potence.

Powè chanta à pleine voix : « Vivre sans vivre la liberté dans notre pays, ce n’est pas digne d’un peuple considérable comme nous ! »

Sur ce, la pluie redoubla de violence.

Et dans la confusion qui suivit, on ne revit pas Powè.

Mais depuis ce jour là, un petit oiseau gris chante « Powè Powè »… Et il tombe de l’eau. Alors chacun se souvient : Vivre sans vivre la liberté dans son pays, ce n’est pas digne d’un peuple considérable ; mais tout peuple est considérable !

Considérable !

MAIS AKENDÉNGUÉ C’EST AUSSI CET INCOMPARABLE CONTEUR. EXEMPLE : LE CHANT DU COUPEUR D’OKOUMÉ

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