Si j’étais Grec, demain …

Si j’étais grec, je voterai la liberté demain.

Je sais bien ce que disent les agitateurs de peur : que le référendum de demain est anti-européen, contraire aux valeurs et principes de l’Europe ; que ce référendum est équivoque en la question posée ; qu’il est porteur d’une sortie de la Grèce de l’euro, fatale à coup sûr à son économie, à ses retraités, à ses services publics ; qu’il porterait en lui le germe d’une tiers-mondisation du pays ; qu’enfin, il serait la marque d’un peuple ingrat, trop vite oublieux des « bienfaits » à lui apportés par ses … créanciers.

Mais leur agitation même ne ferait que nourrir ma détermination. Parce que, à tout prendre, je préfèrerais être pauvre et libre que riche au gré et au service de ceux qui voudraient être mes maîtres ; je préfèrerais vivre au dehors plutôt que dans une Europe à l’anti-démocratisme flamboyant.

Si j’étais grec, je voterai donc la liberté demain. Contre les agitateurs de peur. Contre les nouvelles figures de la « mission civilisatrice ». Contre ce technocratisme déshumanisant qui ne se cache même plus. Contre ces nouveaux asservisseurs des peuples, ces usurpateurs du pouvoir souverain, ces décérébrés de l’humanité.

Que diraient-ils encore ? Qu’il ne suffit pas de voter contre et qu’encore faudrait-il un projet alternatif ? Que les voies de la liberté seraient rudes ? Qu’on y avancerait avec peine et parfois en transpirant le sang ?

Mais quel citoyen, instruit de ce qui a toujours pavé les chemins de la libération, ne le saurait pas déjà ?

Si j’étais grec, je voterai donc la liberté demain.

Mais voilà, je ne suis pas grec.

Et alors ? Faut-il être grec pour aimer la liberté pour tous les peuples et pour chacun d’entre eux ? Pour réclamer que le pouvoir souverain reste aux peuples et ne se retrouve jamais entre les mains des forces occultes ? Pour vouloir que la politique demeure l’art de servir une cité d’humains, femmes et hommes ?

Je ne suis donc pas grec mais je voterai la liberté tout de même ! Résolument ! Demain et après-demain.

Jean-François Akandji-Kombé

Un commentaire

  1. Cher Monsieur le Professeur,

    Un grand merci pour votre superbe article! Comme vous avez vu, le peuple grec a voté pour la liberté, pour les valeurs et les principes européens, pour l’Europe sociale. Reste à voir ce qu’en déduiront les « institutions ».

    Nous sommes confiant(e)s que ça ira pour toute l’Europe. Et nous serons tous et toutes là à rappeler à tout le monde nos valeurs et nos principes communs, aujourd’hui, demain, après demain et toujours.

    Veuillez recevoir, cher Monsieur le Professeur, l’expression de mes sentiments les meilleurs et ma gratitude pour votre œuvre précieuse au profit des droits fondamentaux.

    Sophia Koukoulis-Spiliotopoulos

    avocate au Conseil d’État et à la Cour de cassation – GRECE

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