Contribution au débat sur les élections en Centrafrique – Exposé de M. Kombo Yaya au Forum de Bangui, mai 2015

Il y a quelques jours, Monsieur Dieudonné KOMBO-YAYA, qui venait de démissionner de la présidence de l’Autorité nationale des élections de Centrafrique (A.N.E.), s’en est expliqué dans une lettre publique. Que le lecteur qui ne l’a pas encore fait veuille bien prendre le temps de parcourir cette lettre publique (en cliquant ici).

L’acte est gravissime, eu égard au contexte de troubles ce pays, liés à la fin de la transition, mais aussi eu égard au désir d’une grande partie de la population centrafricaine d’aller au plus vite aux élections, à la fois pour tirer un trait sur les trois longues années d’une transition qui n’ont rien réglé au fond, et pour prendre un nouveau départ ainsi qu’un nouveau souffle avec de nouvelles autorités élues au suffrage universel.

De même que l’acte de démission, la lettre de M. KOMBO-YAYA contient ce que d’aucuns présentent comme des « accusations » des plus graves.

Alors « accusations » ? Laissons le mot à leurs auteurs, et ce d’autant plus que dans leur bouche ou sous leur plume il veut dire que l’ancien Président de l’ANE aurait formulé des allégations gratuites, non étayées et sans fondements.

Le fait est cependant que la lettre en question, le lecteur s’en sera rendu compte, énonce des faits précis, accompagnés de dates, de noms, de chiffres, etc.

Le fait est aussi que ces allégations demeurent jusqu’à présent non contredites. Il n’y a, dans les réactions des personnes et autorités visées ou qui se sont senties visées, pas même un début de preuve contraire avancé.

Au lieu de quoi, on a droit au déferlement de ce qui tient lieu d’argument de « débat » en République centrafricaine : les injures, les infamies, les menaces et intimidations et, pour les plus « tendres », les protestations véhémentes de virginité. Et chacun y va de son couplet, jusqu’à des individus peu glorieux qui réclament une « guillotine » qu’on leur appliquerait bien pour le temps où ils étaient aux affaires (voir ici le verbiage de l’un d’entre eux).

Les centrafricains méritent mieux, et l’acte courageux de M. KOMBO-YAYA aussi. Et les rodomontades des uns, alliés aux gesticulations des autres, ne font que souligner que ceux d’en face, des représentants de la Communauté internationale en République centrafricaine aux autorités du pays et à leurs entourages, ne veulent surtout pas de transparence en cette matière. Qu’ils continuent ainsi et ils seront ce qu’ils sont déjà : les meilleurs alliés de l’ancien Président de l’ANE, pour nous convaincre de ce qu’il dit bien la vérité.

Et quelle vérité !!!

A vrai dire, ce à quoi nous assistons n’est que l’acte 2 de la même tragique comédie, en tous points semblables à l’acte 1 qui s’est déroulé pendant le Forum de Bangui.

M. KOMBO-YAYA, invité par le Bureau de la Commission Gouvernance dudit Forum, avait alors fait un point de la situation quant à la préparation des élections, avec la même sobriété, la même précision chirurgicale quant aux faits énoncés que dans sa récente lettre. De là s’est imposée aux membres de cette Commission l’évidence qu’il était impossible de tenir les élections dans les délais alors annoncés de l’extérieur comme impératifs (juin et juillet 2015). Et tel a été le déclencheur de la recommandation, tant critiquée de toutes parts, appelant à activer les dispositions constitutionnelles permettant une ultime prolongation de la transition jusqu’à la fin 2015, recommandation qui était alors assortie d’un ensemble de prescriptions tendant à permettre que les conditions soient réunies dans ce délai pour des élections crédibles (sécurisation du pays, versement par les donateurs des financements promis, accélération par l’ANE des opérations préélectorales, etc…).

Mais le sujet ici n’est pas celui-là… Car après tout, qui s’est soucié ensuite de mettre en oeuvre ces belles recommandations du Forum ?

Je voudrais surtout dire qu’après l’exposé fait par lui devant la Commission Gouvernance, M. KOMBO-YAYA avait été aussi traité en pestiféré, traitre, celui-là qui a osé brisé l’omerta, qui a cru pouvoir dire la vérité à ses concitoyens. Le représentant d’une certaine Nation « amie » avait même fait savoir qu’il refusait de lui serrer la main désormais !

Le rapporteur de cette Commission que j’étais avait exprimé, une fois la séance levée, ses plus vifs remerciements au Président de l’ANE pour l’acte patriotique qu’il venait de poser, acte courageux car il n’ignorait pas les conséquences dans le microcosme politique banguissois.

Je ne peux que réitérer ces remerciements après sa dernière lettre.

Mais je voudrais aussi faire plus. Avec cette lettre, il a mis à disposition des centrafricains des éléments majeurs de compréhension de la situation qui prévaut dans leur pays. Je voudrais y ajouter les éléments complémentaires qu’il a fournis au Forum de Bangui. Ils permettront de compléter le paysage, et pourront, je l’espère, éclairer utilement nos réflexions et débats de l’heure.

Outre que l’intéressé m’avait donné son accord pour publier son texte, les circonstances d’aujourd’hui me font une impérieuse obligation de le faire.

Ce texte, le lecteur peut le télécharger ici : Intervention de Mr Kombo Yaya devant la Commission Gouvernance du Forum de Bangui

Jean-François Akandji-Kombé, le 17 octobre 2015

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