Centrafrique – « Ils n’ont toujours rien compris! » – répliques d’un citoyen aux autorités

Les médias Afrique News Info et Radio Ndeke Luka nous relatent la réunion qui s’est tenue à Bangui ce jour 3 Décembre 2015, avec pour thème la restauration de la sécurité en République centrafricaine.

Les articles nous apprennent que cette réunion d’une centaine de participants regroupe les chefs des bandes armées (le terme « bande » est de moi) et les autorités militaires nationales et internationales. Ce dont nous comprenons que les bandes armées sont au centre, invitées de marque.

Ces articles nous livrent aussi des extraits des discours du représentant du gouvernement (Aristide Sokambi, ci-après A.S.) et du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, chef de la MINUSCA (Parfait Onanga, ci-après P.O.).

La lecture de ces extraits ne peut pas laisser indifférent. Et on est au delà du trouble…

Pour en rendre compte, j’ai imaginé ce que pouvait être un échange entre A.S. et P.O., d’une part, et un citoyen centrafricain quelconque, que j’appellerai d’ailleurs Lambda. Dans l’échange qui suit, les textes attribués aux premiers sont tirés de leurs discours respectifs à cette table-ronde. Les répliques de Lambda sont imaginaires, mais ils reflètent ce que je pense, comme, je le crois, nombre de centrafricains.

Cet échange aurait pu s’intituler :

Ils n’ont toujours rien compris !

ou

Duplicité

A.S. : Nous avons multiplié des rencontres pour ramener la sécurité dans le pays…

Lambda : Eh bien, nous aurions préféré des actions concrètes et efficaces à ces multiples rencontres !

A.S. : Mais cette table ronde concerne les groupes armés, ceux qui ont commis des exactions.

Lambda : Elle est en prison, pas dans des table-rondes, la place des personnes qui ont commis ce que vous appelez hypocritement des « exactions », et qui sont en réalité de meurtres, assassinats, tortures, viols, destructions, etc.

A.S. : Lors des précédentes rencontres, nous avons projeté de réunir [ces groupes armés] afin de réfléchir sur les voies et moyens pour sortir notre pays de cette situation.

Lambda : Pendant que vous réfléchissiez, ils tuaient. Et puis beau pays que celui dans lequel c’est au criminel qu’on demande de trouver des remèdes à ses crimes !

A.S. : Il appartient [à ces groupes armés] de nous dire comment sortir le pays de ce danger puisque nombreux d’entre eux ont facilité la descente aux enfers.

Lambda : Ah, en plus ! Mais qu’est-ce que vous êtes en train de me dire ? Que si je voulais avoir voix au chapitre dans mon pays, pour dire qui je veux au pouvoir, pour dire comment doit être organisée la justice de mon pays, pour demander qu’on forme mes enfants et qu’on leur crée des emplois, pour réclamer de me traiter dignement et tous mes compatriotes avec, et puis tout ça ; donc si je veux avoir voix au chapitre, je n’avais qu’à prendre des armes et à tuer un max de personnes, au lieu de rester là bêtement à attendre la mort, à compter sur mon gouvernement, et à espérer des élections ? Hein, c’est bien ça ?

A.S. : … (silence = fin de l’extrait de discours)

P.O. : Ces discussions vont permettre aux populations centrafricaines d’avoir un meilleur contrôle démocratique des forces de sécurité intérieure.

Lambda : Hé ho ! Vous vous êtes donné le mot ou quoi ? Où voyez-vous des représentants des populations là dedans ? Ah oui, ceux qui sont là ont gagné leur représentativité à la puissance de leurs balles et de leurs machettes… Ah, attendez un peu, que j’annonce la bonne nouvelle à la planète : « oyé oyé, en RCA nous avons enfin fait une découverte qui améliorera le sort de l’humanité ! Une définition quoi ! La représentativité vous connaissez? Alors désormais elle se définit comme la qualité de quelqu’un qui peut aligner la liste la plus longue d’exactions, avec la proportion la plus élevée de personnes envoyées au Paradis ! Fallait le trouver, n’est-ce pas ? Ah vous doutez du bienfait à l’humanité ? Ben, c’est clair non : on va pouvoir lutter efficacement contre la surpopulation mondiale et aller gaillardement vers l’autosuffisance alimentaire, et plein de choses encore ! Bon trêve de plaisanterie, je reviens à vous P.O. : dites-moi, qui vous paye pour vous foutre de notre gueule comme ça ?

P.O.: Ce qui s’est passé malheureusement dans le passé, pas seulement en Centrafrique mais dans beaucoup de pays africain, c’est que nous avons des forces de sécurité qui évoluaient complètement déconnectées de la population, de la société et qui de temps en temps se retrouvaient à commettre des exactions qui affectaient profondément la vie sociale et la sécurité des populations civiles.

Lambda : Ben voyons ! Je vais finir par plaindre nos bourreaux! Parole ! C’est pas la faute de celui-là que je connais qui a tué toute une famille hier et détruit leur maison, et tout ça après avoir violé avec ses potes les deux filles de la famille et leur mère. C’est la faute à qui, dites-vous ? La faute à « forces de sécurité déconnectées de la population » ? C’est qui celui-là, que je le traine en justice ? Hein quoi ? C’est qu’une analyse prospective ? Et mon pied tu veux le recevoir où ? Bon assez !!!! Tes insultes à mon intelligence ça suffit….

EPILOGUE :

…Et pendant ce temps là, voilà ce que nous apprennent Africa News Info et Radio Ndeke Luka, sous le titre « Kaga-Bandoro est prise en otage »

« Le général Nourredine Adam s’est opposé à la décision gouvernementale [d’organiser des élections]. Il a accepté dans la localité deux départements, santé et éducation (entendez, seulement le personnel de santé et d’éducation). Les listes électorales affichées ont été déchirées dans les quartiers Camp Fleur, Socada, Abakar, Ganama et Adam. La ville est transformée en camp de formation militaire.

TOUT EST BIEN QUI CONTINUE BIEN … POUR EUX ET ENTRE EUX  ! COMBIEN DE TEMPS ENCORE ?

Prof. Jean-François Akandji-Kombé

Un commentaire

  1. Merci pour ce billet qui traduit bien la triste situation d’un pays sacrifié.
    Si seulement P.O pouvait reconnaître la duplicité et les faiblesses qu’il incarne aux pieds de Bas-Oubangui

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