Lettre ouverte à M. FAT : M. Le Président, libérez notre territoire, que j’aille jusqu’à mon père…

 

Monsieur le Président de la République,

Chef de l’Etat,

Chef des Armées, Garant de l’intégrité de mon pays,

Responsable in fine des forces de sécurité,

Premier Magistrat de Centrafrique,

Vous m’avez fait l’honneur républicain de me recevoir en audience il y a peu. Mais permettez que je me représente. Plus précisément que je vous présente ici l’essentiel de moi : Jean-François Akandji-Kombé.

Medion DIGITAL CAMERANon pas celui que certains de nos compatriotes connaissent sous des titres divers. Juste moi. L’homme. Fils de M. Janvier Kombé-Akandji, lui-même petit-frère de Monseigneur Joseph-Marie Ngoui-Akandji, tous les deux fils de M. François Akandji, mon Grand-père dont je porte le nom additionné à celui de mon père, fils d’Akandji donc et natifs du village Akandji dans la Basse-Kotto, mieux connu sous le nom fédératif de l’école « Gongo-Akandji », tous deux, avec moi et d’autre des miens, établis ensuite à Kongbo (Basse-Kotto) où le prêtre Joseph-Marie, qui fêtera cette année ses 60 ans de sacerdoce et qui n’est pas moins que le Doyen des prêtres d’Afrique centrale en vie, a érigé de ses mains une mission catholique.

Fils aîné de Janvier Kombé. Janvier Kombé, accroché à sa terre de Kongbo et à ses quelques arpents de café, mais qui a permis que ses enfants s’envolent ; accroché à cette terre au point de ne pas avoir suivi à Bangui le frère dont il a été sa vie durant, sauf ses derniers jours, inséparable.

Fils donc de Janvier Kombé, d’un Janvier Kombé mort un certain jour de janvier 2014 à Kongbo, territoire aux mains de la Séléka ; porté à terre sans la présence de ses fils et fille, frère bien aimé et famille éparpillée.

Janvier Kombé attendant encore notre hommage.

Je lui ai juré que nous lui rendrons cet hommage, que nous viendrons sur sa tombe faire nos devoirs, sans avoir à supplier quiconque, sans plier l’échine sous aucun pouvoir irrégulier pour y arriver, sans négocier quoique ce soit, pour faire honneur à sa mémoire, de fils de cette terre, modeste et droit, ayant vécu par le travail et sans compromission, fier aussi, centrafricain accroché à et aimant la terre de Centrafrique jusqu’à son dernier souffle.

Monsieur le Président,

C’est au nom de ce serment que je vous le demande. Je vous demande de faire votre devoir de fils suprême de notre terre, d’accomplir ce que non seulement votre voix a proféré comme promesse, mais ce que commande notre terre-mère nourricière :

Libérez notre terre !

Vous avez compéti pour nos suffrages, vous avez été élu, vous êtes au pouvoir, pour cela, d’abord. N’y seriez vous même que pour cela, et uniquement pour cela, vous auriez déjà accompli l’essentiel de votre devoir.

Mais pour pouvoir y arriver, quittez les discours lénifiants, pour agir ; pour cela, tournez le dos aux mots qui vous interdisent d’accomplir cette libération : réconciliation, dialogue inclusif, etc.

Janvier Kombé, s’il avait été vivant, n’aurait eu à se réconcilier avec personne, parce qu’il n’avait fait de mal à aucun de ceux qui sont venus détruire ses biens, lui prendre ses terres et la direction de sa vie, jusqu’à lui refuser l’hommage dernier à sa mort. Il aurait plutôt demandé justice, aux prévaricateurs voleurs criminels assassins, à l’Etat aussi qui n’a pas su le protéger alors qu’il avait toujours scrupuleusement fait ses devoirs de citoyen.

Récusez donc ce mot de « réconciliation » qui est une insulte à la mémoire de nos morts, de nos blessés, de nos violées, de nos déplacés, de nos réfugiés ; ce mot « réconciliation » qui laisse entendre que tous ces nôtres sont tellement pour quelque chose dans l’avènement de leur malheur qu’il leur faut venir à la table du pardon ! Non ! Nous, victimes, n’avons pas à nous voir commander le pardon, qui est décision de conscience individuelle. Cessez de nous renvoyer à nos individus quand ce que nous demandons est que nos bourreaux répondent de leurs actes devant notre collectivité nationale, à travers ses institutions.

Janvier Kombé, s’il avait été vivant, aurait-il été convié à la table du fameux « dialogue inclusif » que les criminels réclament, et que par faiblesse d’autres ont à la bouche ? Non. Quelle victime a déjà eu sa place à cette table en Centrafrique ? Aucune ! Et songe-t-on à les y inviter demain : certainement pas !

Votre devoir : récuser ce dialogue inclusif. Ou bien alors, organisez le dialogue inclusif, le vrai, le seul qui vaille. Dialogue inclusif de tous les citoyens de notre pays, où les bourreaux auront à regarder leurs victimes face à face et à leur répondre. Faites-le donc pour voir, et nous verrons si ceux qui réclament le « dialogue » sans intention de s’y plier viendront !

Faites cela, mais avant toute chose, permettez à un fils aîné d’aller librement rendre un dernier hommage, même tardif, à son père, sur sa tombe.

Mais entendons nous bien. Je ne demande pas les services d’un avion pour aller du point A Bangui au point B Kongbo sans passer par les cases Bambari et Alindao. Je ne sollicite pas davantage les services d’une escorte armée de la MINUSCA. Non ! Je veux, libre fils d’une terre centrafricaine libérée, cheminer au gré du temps et des « occasions », qui sont les seuls maîtres que j’accepte dans ce voyage. Pas de coupeur de route, pas de gang des grands chemins, pas de Sabone, pas de Darassa, pas de Adam, pas de 50-50. Aucun d’eux et aucun de leurs congénères. Pas de Séléka et donc pas d’Anti-balaka. Libre. Libre. Libre, ma route, notre terre.

Monsieur le Président, je suis venu vous dire que votre devoir est de me permettre d’aller rendre hommage à mon père, de permettre que chaque centrafricain puisse circuler sur son territoire pour quelque raison qui lui plaît, rentrer dans son village et dans sa maison, visiter sa famille, faire ses affaires et vaquer à son travail.

Je suis venu vous dire cela. Précédant peut-être de peu d’autres filles et fils de ce pays et de cette terre de Centrafrique.

Je, nous sommes déterminés à gagner cette liberté et à entreprendre cette libération. N’ayez pas peur.

Jean-François Akandji-Kombé

Fils de Janvier Kombé, Petit-fils de François Akandji

2 réflexions sur “Lettre ouverte à M. FAT : M. Le Président, libérez notre territoire, que j’aille jusqu’à mon père…

  1. Je suis tellement ému par cette lettre ouverte ô combien poignante et réaliste car est la resultante d une situation pendante et qui tarde à se «solutionner».
    Mister President «Actions speaks better than words»

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  2. Merci Jean-François d’abord pour ce moment d’émotion que tu nous imposes par cet écrit, merci ensuite pour avoir dit clairement et sans embiguité ce que le centrafricain pense tout bas.
    Un de nos compatriotes, diplomate à Paris aurait co-signé cette lettre, lui dont le père, ancien soldat et garde républicain dans sa ville, et dont le cadavre fut abandonné entravé au mat du drapeau national par les Séléka et qui ne fut jamais retrouvé.
    Nombreux sont ceux qui ont subit cette crise dans leur chaire et dans leur âme et qui comme toi ne souhaite aucune réconciliation avec ces criminels.
    Monsieur le président Touadéra, il y aura un vainqueur et un vaincu, et les collaborateurs seront écrasés avec les vaincus, fussent ils président ou premier ministre.
    Merci enfin Jean-François d’accepter par cette missive de prendre la tête de ce combat qui s’annonce entre le peuple oprimé et ces criminels venus d’ailleurs et leurs complices.
    Nous appelons à une Union Sacrée, à une Résistance, à une Lutte sans fin jusqu’à la libération totale de la Patrie.

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